Céline Ségur et moi organisons mardi 7 novembre à Metz une (demi-)journée d'études sur le thème Devenir public. Modalités et enjeux. Nous parlerons de l'instabilité foncière des publics, d'espace(s) public(s), de radio, de crowdfunding, de musées… Ces débats sont conçus comme un prolongement au livre portant le même titre que nous avons dirigé aux Éditions Mare & Martin, et qui va sortir dans les prochaines semaines.
Au programme :
9h-9h30 : Accueil
9h30-9h45 : Ouverture
Jacques Walter, directeur du Centre de recherche sur les médiations (Crem), Université de Lorraine
9h45-10h15 : Faire public, devenir public
Loïc Ballarini et Céline Ségur (Crem, Université de Lorraine)
10h15-11h : Les publics malgré tout, les publics envers et contre tout
Éric Maigret (IRMECCEN, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle)

11h-11h15 : Pause
11h15-12h : Devenir public par le mécénat culturel participatif. Quelques hypothèses
Gaëlle Crenn (Crem, Université de Lorraine)
12h-12h45 : Est-ce que quelqu’un m’écoute encore ? De la nécessité du public dans la relation de communication
Christophe Deleu (Sage, université de Strasbourg)
Cela se passe à Metz, Campus du Saulcy de l'Université de Lorraine, salle Ferrari. Tous les détails dans le programme.

Obsweb - EWJ2016Ça ne pouvait pas mieux tomber : lundi 22 février, Médiamétrie publiait L'Année internet 2015, son bilan annuel dans lequel il apparaissait que l'année écoulée était celle du basculement. Pour la première fois en France, le nombre de connexions à internet depuis les mobiles (tablettes et smartphones) a dépassé en 2015 celui des connexions depuis les ordinateurs. Or, quatre jours plus tard, Obsweb, l'Observatoire du webjournalisme rattaché au Crem, organisait les 6e Entretiens du webjournalisme sur le thème « Information et supports mobiles ». Sceptiques, monothéistes et adversaires du mariage de la carpe informationnelle et du lapin numérique, passez donc votre chemin — ou, plutôt, changez-en : de profondes mutations sont en cours. Encore ? Rassurez-vous : on ne va pas vous refaire le coup de la révolution ou de la technologie disruptive. Il y en au moins une tous les matins sur les sites technophiles, mais ce n'est pas le genre de la maison.

#Obsweb nouveau métier

A photo posted by @undessinparjour on


Ce qui est important, c'est le mouvement de fond, que certain-e-s voient poindre depuis un moment et qui est désormais une réalité : ce n'est pas l'avenir d'internet qui est mobile, c'est son présent. Cela pose des questions cruciales aux producteurs d'informations qui, comme cela a été relevé plusieurs fois, commencent à peine à accepter de penser l'info web first alors que leur préoccupation devrait être mobile first. Car c'est ainsi que leurs lecteurs potentiels vivent : près de 60% de la population sont désormais équipés de smartphone, et ce taux monte à 90% chez les 18-24 ans. La consommation d'information suit évidemment le mouvement : de moins en moins de lecteurs papier, de plus en plus de lecteurs numériques, qui ne se connectent plus que rarement à la page d'accueil de leur média favori, qui en suivent très marginalement les flux RSS, mais qui installent des applis, jettent un œil à leurs notifications et, surtout, arrivent de plus en plus souvent sur un article en ayant suivi une recommandation (re)postée sur un réseau social.

Taux d'équipement et taux d'accès à internet 2015

Taux d'équipement et taux d'accès à internet en France en 2015. Source ARCEP, Baromètre numérique 2015.

Le problème, c'est que cette évolution est très rapide et que les médias, comme toutes les institutions, ont bien du mal à réagir, sans même parler d'anticiper. Et pourtant : au Royaume-Uni, l'audience totale (papier + numérique) de 5 quotidiens est désormais majoritairement mobile — c'est près des deux-tiers pour The Independent, qui vient d'annoncer l'arrêt de son édition papier pour se concentrer sur le numérique. Comment cette audience se construit-elle ? En France, selon Médiamétrie, les réseaux socio-numériques sont à l'origine de 20 à 50% de l'audience numérique des sites d'info. Tel est le cocktail que journalistes et médias ont en main : internet mobile et réseaux socio-numériques. Qu'en faire ? Qu'y faire ?
Pour tenter d'y répondre, les Entretiens du webjournalisme étaient organisés en deux parties : la matinée était consacrée à interroger les stratégies éditoriales pour le mobile ; l'après-midi à des retours d'expérience de journalistes produisant de l'info en mobilité. Entre les deux, la présentation du Défi appli mobile, par les étudiants en journalisme de Metz, qui devaient concevoir des applis destinés à un public jeune et orientés info locale — travail qui combinait recherche et entretiens auprès de jeunes, et développement de l'appli avec Morgiane Achache, chef de produit numérique au Monde.fr. Mon propos n'est pas ici de résumer les débats : d'autres s'y sont déjà collés avant moi, et avec un bel esprit de synthèse. Lisez donc Nicolas Becquet, journaliste et manager des supports numériques de L'Écho, qui passe en revue la journée complète, ainsi que Jonathan Hauvel, rédacteur en chef adjoint du Bruxelles Bondy Blog, à propos des retours d'expérience d'une belle brochette de journalistes-pionniers dont les interventions ont marqué l'assistance.
Si cela vous intéresse, prolongez un peu : les étudiant-e-s du Master Journalisme et médias numériques de Metz, coachés par Nathalie Pignard-Cheynel, responsable d'Obsweb, et ceux-celles de la Licence professionnelle Journalisme et médias locaux de Nancy, avec votre serviteur, ont couvert la journée tous azimuts. Streaming en direct à trois caméras, articles de synthèse, interviews, live-tweet, Instagram, Periscope, Snapchat… par une rédaction éphémère de 50 futurs journalistes à la pointe de la technique et de la réflexion (du moins est-ce que nous essayons de leur proposer, et ce que Nicolas Becquet a réalisé avec trois étudiant-e-s embarqué-e-s avec lui dans une journée de mobile journalism). C'est le hashtag #obsweb qui a servi de panache blanc à cette journée, qui peut aussi être revue en intégralité ici, ici et .
Comme le souligne justement Nicolas Becquet, le contraste était saisissant entre matin et après-midi. Le matin, professionnels comme chercheurs n'ont pu que constater l'absence, au moins en France, de stratégie éditoriale en direction des supports mobiles. Mais si l'on ne produit pas encore pour eux, on commence à produire par les supports mobiles. C'est ce que les témoignages et études de l'après-midi ont montré. Les JT entièrement tournés à l'iPhone de Léman Bleu racontés par Laurent Keller, le reportage au smartphone de Nicolae Schiau, qui a suivi des migrants syriens tout au long d'un périple documenté sur divers réseaux socio-numériques, le laboratoire mobile sous forme de van ultra-connecté de Damien Van Achter, le suivi de la coupe du monde de rugby sur WhatsApp par Antoine Maes, et l'appli participative Earth Alert de Steven Jambot… Il y a dans ces expériences quelques points communs : oser se lancer sans être sûr du résultat, retourner sur le terrain, utiliser les outils du quotidien, les mêmes que ceux des lecteurs.

Il y a aussi une nouvelle qui devrait faire réfléchir les « gros » médias : ces innovations viennent de structures légères, parfois de journalistes indépendants, qui ne disposent que de budgets modestes. Tout le monde n'est pas La Presse, qui peut investir 26 millions d'euros et embaucher 200 personnes pour développer une appli tablette. Mais tout le monde peut être Léman Bleu, qui acquiert quelques micros, trépieds et perches à selfie. Pour faire quoi ? De la proximité, autre mot-clé de la journée. Proximité avec son sujet, mais aussi avec son public. Proximité physique (sur la route avec les migrants, au plus près puisqu'on filme au smartphone), et proximité technique et d'usages (outils et réseaux partagés avec le public et les sources). Ce n'est d'ailleurs pas étonnant qu'une des démonstrations les plus convaincantes de la journée soit celle de Laurent Keller1, qui expliquait qu'en troquant les imposantes caméras de télévision pour des iPhones, Léman Bleu n'avait pas seulement modifié sa manière de raconter son territoire, mais qu'elle en avait profité pour renoncer à ses rêves de grandeur : cette télé qui avait par le passé tout fait pour être reconnue comme une station régionale est redevenue fière d'être une télé locale.

Dans le débat général sur la crise des médias, on a effet souvent tendance à se focaliser sur les aspects techniques, vus alternativement comme la source de tous les maux et la route vers toutes les solutions. Mais comme dans tout processus d'innovation, la technique n'est rien sans le social qui la porte et se l'approprie, voire la détourne. À quoi bon vouloir révolutionner l'information si ce n'est pour qu'elle soit lue, partagée et discutée ? Ce qui fait qu'un lecteur apprécie un média, un journaliste ou un article, ce n'est pas d'abord sa qualité technique, c'est son contenu, et la relation qui se crée entre lecteur et producteur d'information. C'est peut-être parce qu'ils se mettent à produire par les supports mobiles que les rédactions vont finir par produire pour les supports mobiles. L'indifférenciation entre les supports de production et de réception de l'information, fait unique dans l'histoire des médias, aidera peut-être à ne pas perdre de vue que tout cela n'aura de sens que si l'on produit en même temps pour les lecteurs.
PS : Et le nerf de la guerre, alors ? Ce n'était pas l'objet de cette journée. C'est par contre le thème des Assises du journalisme 2016, qui se déroulent cette année à Tours, à partir de… demain. On en reparle.
 

  1. Je ne dis pas que les autres interventions n'étaient pas convaincantes, loin de là. Mais l'intérêt de Léman Bleu est que l'expérience n'en est plus une : elle est devenue le quotidien de la rédaction. Les autres projets ouvrent des voies encore impratiquées, mais ne sont pour l'instant que ponctuels — Damien Van Achter étant entre les deux, puisqu'il a annoncé lors des Entretiens mettre à disposition l'application Backtrackr, qui lui permet de réaliser ses roadtrips multimédia. []

Vendredi 29 janvier, nous lançons le cycle de séminaires du programme de recherches ANR Collab, qui s'interroge sur le rôle des plateformes de crowdsourcing et de crowdfunding dans les mutations contemporaines des industries culturelles. La première séance, qui se déroulera à l'Université Paris 8 de 9h à 12h (salle D143), sera consacrée au journalisme. Les invités sont :

  • Ivan du Roy, journaliste, cofondateur de Basta !
  • Raphaël Garrigos, journaliste, cofondateur des Jours
  • Mehdi Guiraud, journaliste, membre d'Enquête Ouverte
Affiche séminaire Collab

Affiche séminaire Collab


Le Parisien, samedi 16 novembre. Constat ou invitation ?

Le Parisien, samedi 14 novembre. Constat ou invitation ?


Lundi après-midi, 16 novembre 2015, moins de trois jours après les sanglants attentats qui ont coûté la vie à au moins 129 personnes à Paris, François Hollande a donc réuni le Congrès pour une déclaration aussi solennelle qu'inédite. Comme il l'avait fait pour le Mali, il a endossé le costume qu'il semble préférer : celui de chef de guerre.
Certaines formules sont puissantes : « Le terrorisme ne détruira pas la République, parce que c'est la République qui le détruira. » « Nous ne sommes pas dans une guerre de civilisation parce que ces assassins n'en représentent aucune. Nous sommes en guerre contre une armée djihadiste. » Elles pèsent le poids de mots qu'on préférerait rares et mesurés. La guerre : quelle guerre ? Et contre qui ? Et qui l'a déclarée ?
En janvier, à la suite des massacres de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher, le mot guerre était déjà apparu en une de certains journaux : Alexis Brézet, le très droitier directeur des rédactions du Figaro, titrait ainsi son éditorial «Quand la guerre est là, il faut la gagner». Aujourd'hui, Hollande semble avoir repris la formule. En lui adjoignant un programme : déchéance de nationalité et interdiction de retour sur le territoire des binationaux, expulsion facilitée des étrangers, augmentation des effectifs de la police, de la gendarmerie, de la justice et des douanes, politique de fermeture des frontières extérieures de l'Union européenne, coalition avec les États-Unis et la Russie pour intervenir en Syrie en ne mettant plus la sortie du jeu de Bachar Al-Assad sur le même plan que l'« éradication » de Daech, devenu cible principale. Et, surtout, révision de la Constitution, évoquée dans des termes aussi flous que martiaux, qui conduira le pays dans un « état d'urgence permanent ».
Mais sur d'autres aspects pourtant essentiels, rien. Rien sur les causes : ni sur les responsabilités de la France et de l'Europe dans le délitement du Moyen-orient, ni sur ce qui pousse, aujourd'hui, de jeunes Français à partir pour le djihad.
Comme seule réponse, la guerre encore et la guerre toujours.
Comme si la promesse de l'éradication de Daech par les bombes pouvait être tenue.
Comme s'il suffisait — sordide calcul — de doubler Sarkozy sur sa droite pour sauver la peau du PS aux régionales, et peut-être aussi à la présidentielle.
Unes du mardi 17 novembre. La Tour Eiffel, un des symboles de paix post-attentats, désormais sous garde militaire. Les avions de Dassault à l'assaut des djihadistes, et Hollande raide comme la… vengeance.

Unes du mardi 17 novembre, après le Congrès. Hollande en chef de troupe. Les avions de Dassault à l'assaut des djihadistes. Hollande à nouveau, raide comme la… vengeance.


La stratégie de la guerre sera un échec. Il y aura de nouveaux attentats : c'est le piège tendu par Daech, qui ne souhaite rien d'autre que des représailles et une escalade finissant par déclencher une guerre civile en France. Dans cette évolution, le PS portera une responsabilité historique, celle de s'être engagé à corps perdu sur une pente droitière qui ne peut que profiter au Front national. Car si les mesures annoncées hier ne suffisent pas — et elles ne suffiront pas —, il en faudra d'autres, toujours plus répressives et régressives, toujours plus éloignées de ce qui devrait être le référentiel des « socialistes », et toujours plus proches de l'autoritarisme, de la surveillance et de la répression généralisées.
Numéro spécial de L'Express sorti dimanche 15. Christophe Barbier, dit l'«Ikea de la pensée», y donne le mode d'emploi

Numéro spécial de L'Express sorti dimanche 15. Christophe Barbier, dit l'«Ikea de la pensée», y donne le mode d'emploi


Dans le logiciel traditionnel de la politique française, la gauche était du côté de la prévention, la droite du côté de la répression. En faisant sienne une politique uniquement répressive, Hollande signe sans conditions la capitulation de la pensée de gauche. Voire la défaite de la pensée tout court. Car enfin, l'échec de la « guerre contre le terrorisme » lancée par les États-Unis après le 11 septembre 2001 est patent. On le savait déjà, me direz-vous, et personne n'aurait dû être surpris vendredi soir. Que n'en tire-t-on de conclusions ? Plutôt que de convoquer le Congrès, Hollande aurait pu prendre quelques heures pour lire la presse de ce week-end — c'est le sens des (trop) nombreux liens de ce billet : de la pensée ces trois derniers jours, il y en a eu, et accessible —, ou pour se promener sur les réseaux sociaux, qui ne sont pas qu'une poubelle à rumeurs, mais aussi une opportunité dont les politiques pourraient se saisir pour faire émerger une nouvelle parole.
Prendre le temps du recul. Le temps de la pensée, qui pourrait conseiller autre chose que les bombes — pourquoi une diplomatie aussi faible, pourquoi n'essaie-t-on pas de frapper au portefeuille ? Le temps de la pensée, qui pourrait aussi guider d'autres choix de politique intérieure : pendant que le taux de chômage et la pauvreté des jeunes sont à des niveaux historiquement inquiétants, l'université meurt à petit feu, ne parvenant plus à assurer ses missions — et ça n'est pas beau à voir. Pourtant, sur le plan intérieur, le meilleur rempart contre Daech, c'est l'éducation, la culture, la santé. Et le travail, dont la fameuse courbe honteuse ne sera pas masquée par « une bonne guerre ».

C'est parti ! Les candidatures à la session synchronisée de recrutement des maîtres de conférence et professeurs sont ouvertes jusqu'à la fin mars. 31 postes de MCF sont offerts en Sciences de l'information et de la communication, dont 3 à l'Université de Lorraine1, tous rattachés au Crem. Pour les prétendant-e-s, commence le bal des coups de téléphone aux contacts pédagogie et recherche de chaque profil. On est parfois très bien reçu, parfois moins… quand on arrive à avoir la personne au bout du fil, ce qui n'est jamais gagné d'avance. Il faut parfois ramer pour avoir un peu d'info, et il faut parfois comprendre à demi-mot qu'un candidat local est très fortement pressenti pour le poste. Souvent, le coup de fil est tout de même utile, parce qu'il permet de glaner quelques infos qui ne sont pas dans le dossier (projet en cours, ouverture d'une nouvelle section à la rentrée…), ou de comprendre l'orientation équivoque d'un profil — au passage, certains dossiers sont si légers que cela frise le scandale: recruteurs, vous ne ferez croire à personne que vous n'avez pas une idée un peu précise de ce que vous cherchez.

Préparer sa candidature: prendre un carrefour sans bien (sa)voir ce qu'on fait

Préparer sa candidature: prendre un carrefour sans bien (sa)voir ce qu'on fait


Pour les candidat-e-s, et en particulier celles et ceux qui postulent pour la première fois, cette période est difficile car, comme pour beaucoup d'autres choses à l'université, rien ne nous y a préparé. Je m'en suis encore rendu compte cette semaine en discutant avec une collègue recrutée en même temps que moi, une jeune docteure qualifiée et un futur docteur. C'est le grand flou. Faut-il appeler systématiquement ou pas ? Comment s'y préparer ? Est-ce une simple prise de contact, ou déjà un premier test du futur candidat? Ensuite, que mettre dans le dossier ? Lettre de motivation ou pas ? CV d'une page comme c'est la règle ailleurs ? Quelles questions va poser le jury si je suis auditionné-e ?
Si cela peut aider à dissiper une partie du flou, ou au moins donner quelques idées, voici ce que je pense de ces questions. D'abord, bien sélectionner ses candidatures. C'est du boulot de faire tous ces dossiers, et même si les candidatures électroniques se multiplient, on ne peut pas faire un simple copier-coller de la totalité. En ce qui me concerne — mais mon expérience ne vaut bien évidemment que pour moi2 —, je n'ai été auditionné que sur des profils dont j'étais vraiment proche. On n'est jamais à 100% dans un profil, mais s'il n'y a pas de branche à laquelle se rattraper, ce n'est pas la peine de se lancer.
Ensuite, faire un beau dossier, clair, lisible, bien structuré. Les recruteurs vont en voir passer des dizaines, soyez efficace sans être tape-à-l'œil. Pas de problème si c'est long (les miens faisaient une bonne quinzaine de pages sans la déclaration de candidature et les pièces annexes type carte d'identité, doctorat et rapports de soutenance). Et bien sûr qu'il faut une lettre de motivation. Je sais: elle ne fait pas partie de la liste officielle des pièces constituant le dossier de candidature. Mais personne ne m'a jamais reproché d'en avoir joint une. Et comment faire autrement si l'on souhaite montrer que l'on correspond au profil, que l'on a des projets en cours, qu'il y a une cohérence à cette candidature en fonction de son parcours ?
Enfin, bien se préparer pour l'audition. Respecter absolument le temps imparti pour se présenter (s'il ne figure pas sur la convocation, se le faire préciser, c'est en général 15 ou 20 minutes). Que dire dans ce temps qui sera toujours trop court ? Le meilleur conseil qu'on m'ait donné3 est celui-ci: en général, les candidat-e-s parlent trop d'eux et de leur parcours et pas assez de la manière dont ils correspondent au profil du poste. Cela peut paraître trivial, mais c'est essentiel: les membres du jury ont lu le dossier — je n'ai jamais eu de question à côté de la plaque. Ils connaissent le parcours du candidat. Reste à leur montrer qu'on a compris le poste, qu'on se voit travailler avec cette équipe, dans cette formation, dans cet axe du labo, voire qu'on a des idées à proposer sur tel ou tel aspect. L'audition n'est pas un ego-trip, mais un moment4 dans lequel une individualité doit montrer qu'elle peut et souhaite s'intégrer à une équipe. Ça n'est que mon avis, mais c'est comme cela que je me suis présenté — et c'est comme cela que j'appréhendrai les choses quand, dans trois mois, je serai pour la première fois du côté des recruteurs…
Dernière petite chose: pour utile qu'il puisse être, le dossier de candidature qui m'a mené à Nancy est disponible ici. D'autres traînent dans les recoins des internets : allez y jeter un coup d'œil. M'inspirer des autres m'avait aidé, il est donc logique que je partage à mon tour.

  1. Profils : Sciences de l'information et de la communication (IUT Thionville, Galaxie 666), Médias (UFR SHS-Nancy, Galaxie 651) et Étude de l'information médiatique, des médiations sociales et culturelles (Espé de Lorraine, Galaxie 638). Un quatrième poste est offert au Crem, en arts plastiques (UFR ALL-Metz, Galaxie 591). []
  2. Trois campagnes de recrutement, classé à quasiment toutes mes auditions, et pour finir classé deux fois premier en 2013. []
  3. «On» étant Denis Ruellan, à la suite d'une audition où je n'avais pas été classé. Merci à lui. []
  4. Trop court, on ne le dira jamais assez, en espérant qu'on finisse un jour par réformer complètement la manière de recruter. []

Les chemins de la pointe de Pen-Hir, sur la presqu'île de Crozon, le 28 août 2014

Les chemins de la pointe de Pen-Hir, sur la presqu'île de Crozon, le 28 août 2014


Je reviens de quelques jours passés à Camaret-sur-Mer, où je participais au programme intensif Erasmus Production de l'information et pratiques journalistiques en Europe (site officiel, travaux des étudiant-e-s). J'y étais invité par son directeur Jacques Guyot, qui fut aussi mon directeur de thèse, et dont l'accueil chaleureux est à recommander. Pour ce qui est du travail, j'ai animé deux séminaires dont voici les diapos (en anglais).
Le premier était consacré aux médias en Turquie, d'un point de vue historique, économique et juridique. Il ne s'agit pas de recherches personnelles, mais du résultat de lectures et de rencontres entamées lors de mon séjour à Istanbul en 2012-2013, et mises à jour pour l'occasion — la composition des groupes médiatiques bouge beaucoup en Turquie, et ce n'est pas toujours évident de suivre. Ce qui change moins, c'est le mauvais sort fait aux journalistes et à la liberté de la presse… Merci notamment à Ceren Sözeri pour m'avoir initié à ces questions complexes.

Le second séminaire était en revanche tiré de mes recherches sur l'espace public et les médias locaux. Il s'agit essentiellement d'un résumé en anglais d'une partie de ma thèse reprise dans mon article « Presse locale : un média de diversion » paru dans Réseaux. Pour les lecteurs francophones, le seul avantage des diapos sur l'article est que les graphiques y sont lisibles et en couleurs.

Fin octobre, Jean-Noël Lafargue, dont on ne recommandera jamais assez le blog1, avait piqué ma curiosité avec ce reportage sur le scanner à livres fabriqué, essayé et adopté par les partageux bidouilleurs de La Quadrature du Net — dont l'action ne se limite pas, et de loin, à scanner de vieux Jules Verne, mais qui montrent ainsi que le partage, la réflexion sur les communs, l'internet libre et toussa toussa, ce n'est pas que des mots. Et ce n'est pas qu'à Paris : Benjamin Sonntag, ci-devant confondateur de La Quadrature et directeur technique d'Octopuce, était à Nancy samedi 18 janvier pour y présenter cet intrigant scanner. Les réjouissances avaient lieu à l'invitation de Nancy Numérique, et se tenaient dans une des salles de lecture de la superbe bibliothèque municipale, rue Stanislas2.

Benjamin Sonntag (à gauche) fait la démontration du scanner à livres

Benjamin Sonntag (à gauche) fait la démonstration du scanner à livres


L'idée de départ est la suivante : concevoir un appareil qui facilite la numérisation de livres tout en évitant de les abîmer. Contrainte supplémentaire : que l'investissement, la fabrication et l'utilisation soient à la portée d'un (ou plusieurs) bricoleur ayant quelques week-ends devant lui. Il ne s'agit donc pas d'écraser vos livres pour les faire entrer dans un scanner à plat, ni de mettre au point un système qui tourne les pages tout seul (ça existe, c'est cher et pas non plus sans danger pour le livre), mais de trouver le juste milieu. Benjamin Sonntag est parti du projet développé par Dan Reetz et la communauté regroupée autour du site diybookscanner.org, et y a ajouté un logiciel de gestion de projet de sa conception.
Une vitre, deux appareils photo, et c'est parti !

Une vitre, deux appareils photo, et c'est parti !


Le principe : un berceau en V accueille le livre ouvert, qui est plaqué par le dessous contre une vitre vers laquelle pointent deux appareils photo préréglés, qui photographient chaque double page. La machine permet ainsi de scanner jusqu'à 700 pages par heure, et la moulinette de logiciels3 qui y est reliée recadre les pages, ajuste le contraste et les convertit en noir et blanc, avant de les envoyer à la reconnaissance optique de caractères. On peut donc obtenir en à peu près deux heures un fichier texte de son livre, qu'il ne restera plus qu'à relire et à peaufiner pour en faire un bel ePub, par exemple. Seule la phase de démarrage a l'air exigeant : il faut découper et assembler précisément le bois pour garantir les angles de prise de vue (mais des planches prédécoupées sont également en vente), installer et configurer les logiciels pour mettre en place la chaîne de traitement (sous Linux pour le modèle présenté, j'imagine que cela doit être également possible sous Windows). Pour environ 700€ appareils photo compris, certainement moins si l'on découpe soi-même le bois, on dispose d'un scanner parfaitement fonctionnel et d'une qualité bluffante — cela se voyait dans les yeux des bibliothécaires présents.
Tu es geek, mon ami ? Sache que toute l'informatique tient dans un Raspberry Pi (sauf samedi, où le logiciel était cassé et où Benjamin Sonntag avait apporté un PC de bureau).

Tu es geek, mon ami ? Sache que toute l'informatique tient dans le Raspberry Pi visible en bas à gauche (sauf samedi, où le logiciel était cassé et où Benjamin Sonntag avait apporté un PC de bureau, mais d'ordinaire, ça marche. De toute façon tu es geek, ça ne te fait pas peur).


Maintenant, à quoi ça sert ? À ne pas laisser Google s'occuper de la culture à ta place, camarade. À faire vivre le domaine public en participant au mouvement mondial de partage des connaissances, les livres ainsi numérisés pouvant rejoindre les silos d'Archive.org ou de Wikisource, par exemple. À numériser ses propres livres pour les mettre dans sa tablette ou s'en servir comme outil de travail — les livres en papier, c'est bien, mais il n'y a pas de bouton « rechercher » dedans. Tout cela pose des questions de droits d'auteur, bien sûr. Qu'ai-je le droit de numériser ? Tous les livres que je possède (ou que j'emprunte en bibliothèque) à condition que je possède aussi le scanner. Qu'ai-je le droit de diffuser ? Tous les livres du domaine public. Pourquoi ma bibliothèque n'a-t-elle pas de bookscanner à disposition du public ? Parce que le droit doit encore évoluer, mais les bibliothécaires sont comme toi : ils veulent que le savoir circule, et soit approprié. Dans le bon sens du terme : assimilé, réutilisé librement — et pas confisqué pour faire la fortune de celui qui a les clés du coffre. Et tu sais quoi ? Ça ne tuera pas les bibliothèques, ni les auteurs, ni les éditeurs, ni les libraires. Sauf ceux qui ne veulent pas voir que le monde change. Alors quoi ? On monte un bookscanner à Nancy ?

  1. Qui s'appelle Le Dernier Blog pour une raison qu'il explique ici, et à laquelle le temps qui passe ne cesse d'ajouter à l'ironie, puisqu'il en crée régulièrement de nouveaux, comme ici ou ou encore si vous préférez les Pokémons. []
  2. L'après-midi avait également lieu une démonstration tout public à la Médiathèque de la Manufacture, mais je n'y étais pas. []
  3. Je ne détaille pas ici, tout les liens sont disponibles sur cette page. Tous les logiciels et plans utilisés sont évidemment libres. []

Protesters shout slogans as they hold a Turkish flag during the third day of nationwide anti-government protests at the Taksim Square in Istanbul. Photograph: Thanassis Stavrakis/AP. Image et légende empruntées au Guardian.


Peut-on décrire la goutte d’eau qui fait déborder le vase ? À quoi est-elle due ? Qu’est-ce qui permet qu’un événement, peut-être pas anodin, mais en tout cas pas plus important que beaucoup d’autres, se transforme en « point de départ » d’un mouvement de révolte, voire d’un changement de régime ? Pourquoi est-ce l’immolation par le feu de Mohammed Bouazizi le 17 décembre 2010 qui, par ricochet, déclenche le Printemps arabe ? L’occupation du parc Gezi à Istanbul et son évacuation musclée par la police, au matin du 30 mai 2013, sera-t-elle le point de départ d’un « Printemps turc » ?
En Turquie aujourd’hui, tout comme dans le monde arabe il y a deux ans et demi, les éléments de contexte sont très nombreux qui peuvent expliquer la colère des peuples et leur succès, ou leur échec, à renverser les pouvoirs en place. Ici à Istanbul, impression que le sentiment dominant est l’exaspération grandissante face à la dérive autoritaire du pouvoir et aux déclarations méprisantes du premier ministre Recep Tayyip Erdoğan à l’encontre de tout ce qui peut ressembler à une opposition.
Peuple humilié, peuple révolté ? Le raccourci est un peu rapide — justement parce qu’il n’explique pas le déclenchement, ni ne dit rien du seuil d’humiliation et de sa variabilité selon les contextes —, mais je ne peux m’empêcher de penser au concept de reconnaissance d’Axel Honneth, qui m’a l’air de coller à la situation. Le problème, c’est que je commence à peine ma lecture d’Honneth, et que je me trompe peut-être lourdement. Je pense notamment à cet entretien donné à la revue Mouvements en 2007 et intitulée « Le motif de tout conflit est une attente de reconnaissance »1.
Je pense aussi, et surtout, à cet extrait de L’Établi, magnifique petit livre dans lequel Robert Linhart raconte son expérience d’« établi », intellectuel s’étant fait embaucher comme ouvrier pour instiller la révolte et ayant travaillé, de l’automne 1968 à l’été 1969, dans une usine Citroën. Ici, les humiliations sont quotidiennes, mais le missionnaire de la révolution qu’il est a bien du mal à trouver des points d’appui pour lancer une action collective forte contre la direction. Lui-même pris par la fatigue physique et psychique imposée par la vie d’usine, il mesure la distance qui sépare le discours tenu à l’extérieur et les réalités vécues par les ouvriers, en majorité immigrés.
Jusqu’à ce que la goutte d’eau se présente à lui, sous la forme de la « récupération » imposée par Citroën afin de récupérer l’argent versé aux ouvriers sous la pression des grandes grèves de mai. Ceux-ci le considèrent comme un paiement des jours de grève, mais la direction entend bien rentrer dans ses fonds, et annonce, début 1969, une augmentation de 45 minutes de la journée de travail, dont la moitié sera effectuée gratuitement au titre de la récupération. C’est l’étincelle qui déclenche une première réunion au sous-sol du Café des Sports, au cours de laquelle un ouvrier italien, Primo, prend ainsi la parole :

Primo : « Bon, il nous reste un mois. Sur la grande chaîne de montage du 85, il y a des Algériens, des Marocains, des Tunisiens, des Yougoslaves, des Espagnols, des Portugais, des Maliens, des camarades d’autres pays encore. Faisons un bon tract pour leur expliquer ce que nous voulons faire. Et faisons des traductions dans toutes les langues de la chaîne, pour que tous ceux qui savent lire comprennent et puissent dire aux autres ce qu’il y a dedans. Après, on ira les voir un à un pour en discuter. »
Cette idée de tract en plusieurs langues plaît à tout le monde. Elle n’a pas seulement une fonction utilitaire. C’est une marque de respect vis-à-vis de chacune des cultures représentées dans l’usine. C’est une façon de demander aux différentes communautés immigrées de prendre les choses en main.
Maintenant, rédiger le texte. Pourquoi nous refusons la récupération. Les explications fusent. On peut parler de la fatigue des journées de dix heures. Ceux qui ont une heure de transport aller et une heure retour n’ont plus aucune vie en dehors de l’usine. La fatigue multiplie les accidents. Chaque changement d’horaire est l’occasion d’intensifier les cadences. Pourquoi ne pas en profiter pour rappeler les revendications particulières ? La qualification des peintres, des soudeurs. Parler aussi des locaux insalubres. Et le racisme des chefs ? Et la rémunération des heures supplémentaires ? Holà ! ce n’est plus un tract qu’on va rédiger, c’est un roman…
Primo, encore : « Ma ce n’est pas la peine de raconter toutes ces histoires. Si le patron veut nous faire travailler à nouveau dix heures avec vingt minutes gratuites, c’est pour nous humilier. Ils veulent montrer que les grandes grèves, c’est bien fini, et que Citroën fait ce qu’il veut. C’est une attaque contre notre dignité. Qu’est-ce qu’on est ? Des chiens ? “Fais ci, fais ça, et ferme ta gueule !” Ça ne marche pas ! Nous allons leur montrer qu’ils ne peuvent pas nous traiter comme ça. C’est une question d’honneur. Ça, tout le monde peut le comprendre, non ? Il n’y a qu’à dire ça, ça suffit ! »
Le contenu du tract est trouvé. Je rédige brièvement, sur le coin de la table, ce que Primo vient de dire d’un trait. Lecture. On change deux ou trois mots, version finale : tout le monde approuve. Le tract sera traduit en arabe, en espagnol, en portugais, en yougoslave. J’ai l’idée, fugitive, que ces mots sonnent très fort dans toutes les langues : « insulte », « fierté », « honneur »…2

  1. Marc Bessin et al., 2007. « Le motif de tout conflit est une attente de reconnaissance », Mouvements no 49, p. 145-152. Repris en 2009 dans le numéro spécial « Pensées critiques » de la même revue. []
  2. Robert Linhart, 1981 (1978). L’Établi, Éditions de Minuit, pp. 85-87. []

L’Institut français d’études anatoliennes (IFEA) vient de mettre en ligne l’enregistrement du séminaire commun avec l’Université Galatasaray, auquel j’ai apporté ma contribution le 26 avril dernier. J’en profite donc pour partager ici les diapos de ma présentation.
Merci à Benoît et toute l’équipe pour l’accueil, et aux participants pour leurs questions.

Et pour écouter l’enregistrement directement ici :
[audio: http://www.ifea-istanbul.net//images/stories/audio/26042013_ballarini2.mp3]

Ulule, Kickstarter et autres fourmillent de projets plus ou moins bien ficelés, plus ou moins bien outillés pour attirer le chaland-contributeur, et lui offrant plus ou moins de goodies et autres privilèges en fonction de l’importance de son engagement. Pour que le jeu en vaille la chandelle, et que le contributeur passe à la caisse, on lui promet en effet monts et merveilles : magnets, t-shirts, éditions limitées, visite de l’usine, concert à domicile…
Ce faisant, on ne mobilise qu’une catégorie d’engagement : l’engagement financier. Qui paie le plus obtient le plus. Et pour l’engagement affectif, voire politique ? Qui paie le plus… n’a rien de plus. C’est le principe de l’abonnement ou de l’adhésion de soutien transposé au crowdfunding. C’est ainsi que l’apabiz, une association antifasciste allemande, a récemment financé via Startnext le lancement de son projet Rechtes Land, cartographie interactive des activités néonazies, des lieux de mémoire et des organismes de conseil aux victimes1. Certes, il ne s’agit pas d’une console de jeu et les sommes en… jeu n’ont rien à voir. Rechtes Land a bravement récolté 6015€, ce qui est toutefois plus que le minimum demandé (5000€), permettant de salarier deux personnes le temps de rassembler les données de base et de mettre au point une première version de la carte, d’ores et déjà accessible en bêta. Qu’est-ce qu’on gagne ? Pour 5€, le plaisir de donner un coup de main (« virtueller Händedruck »). Pour 30€, don maximum proposé, un an du journal de l’association, d’ordinaire réservé aux adhérents (cotisation minimale de 60€ par an) : c’est un cadeau, mais on reste dans des échelles très modestes. Qu’importe, si c’est ce que recherchent les initiateurs du projet… et ses supporters, qui n’accepteraient certainement pas une démarche à caractère franchement commercial.
Dans le même ordre d’idées, Martin Vidberg nous apprenait cette semaine que le site dédié au jeu de société Tric Trac adoptait, comme le font de plus en plus de journaux, un système de paywall. Payer pour pouvoir lire des articles et regarder des vidéos auparavant gratuites ? Pas tout à fait : tout l’ancien contenu reste gratuit, et les nouveaux articles et rubriques pourront être accessibles en priorité en ayant acheté des Pouicos, la monnaie interne du site. L’intérêt de la chose, c’est que, lors de sa présentation aux habitués du site, le système n’est pas encore au point. On sait combien de Pouicos on peut acheter avec combien d’euros, mais ils ne donnent pour l’instant rien : combien il faudra en dépenser pour accéder en priorité aux vidéos HD n’est pas indiqué — ni même, apparemment, connu des responsables du site. « La première fonction des Pouicos est de soutenir Tric Trac », pas de gagner des cadeaux.
Et ça marche : d’après Martin Vidberg, 700 personnes se sont abonnées le premier jour, comblant le déficit des trois mois à venir. Un miracle de l’esprit « communautaire », qui fait que certains aficionados sont prêts à faire des dons à une entreprise ? Peut-être. Un indice en tout cas qu’au-delà des discours enchanteurs sur les marques et le branding, c’est surtout le contenu qui intéresse le lecteur. Tric Trac laisse tomber ce qui le faisait vivre jusqu’à présent (la fabrication de sites pour d’autres), mais détournait de son activité principale des ressources humaines, pour ce concentrer sur le contenu de son propre site. Le lecteur lui en sait gré. On ne s’en plaindra pas, sans se bercer d’illusions non plus : devant le succès rencontré, un éditeur de jeux, qui a très certainement intérêt à l’existence d’un tel site communautaire de référence, a annoncé offrir en cadeau aux premiers souscripteurs une extension à l’un de ses jeux. Même à la marge des grands mouvements industriels du secteur, les petites initiatives font jouer les mêmes ressorts.

  1. Ce que la taz a résumé par « Sag mir wo die Nazis sind » (« Dis-moi où sont les nazis »), jeu de mot sur le titre de la version allemande (« Sag mir wo die Blumen sind ») d’une chanson de Peete Seeger dont l’interprétation par Joan Baez est à tomber par terre. Bref. []