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L’axe central de mes recherches est le concept d’espace public. J’ai consacré ma thèse à une discussion de ses implications théoriques. J’ai également mené des travaux sur les liens entre espace(s) public(s) et presse régionale d’une part, questions de santé publique d’autre part.

Espace public, médias et conversation

Ma thèse, intitulée L’Espace public au-delà de l’agir communicationnel. Quatre renversements de perspective pour sortir des impasses du modèle habermassien, a été soutenue le 30 novembre 2010 à l’Université Paris 8 sous la direction du professeur Jacques Guyot. Elle est librement téléchargeable sur le site Thèses en ligne.

Ce travail vise à définir les conditions d’un renouvellement de la portée théorique et empirique du concept d’espace public. En m’appuyant sur une lecture critique du livre fondateur de Jürgen Habermas et des principales contributions dans le champ des Sciences de l’information et de la communication, je montre que la conception habermassienne de l’espace public souffre de limites théoriques fondamentales qui découlent de la théorie sociale d’Habermas, laquelle fait de l’intercompréhension le principe d’orientation de l’action. Pour dépasser ces limites, je propose d’opérer quatre renversements de perspective :

  1. abandonner toute idée d’un âge d’or de l’espace public, pour le considérer au contraire comme un ensemble de processus dynamiques en constante recomposition ;
  2. étudier l’espace public en tant que lieu symbolique de formation non de l’opinion publique, mais des opinions personnelles ;
  3. concevoir l’espace public comme étant non pas universel, unique et médiatique, mais morcelé, local et conversationnel ;
  4. séparer l’espace public de la théorie de l’agir communicationnel.

Il s’agit en dernier ressort de conserver le rôle central du langage dans l’espace public, toujours conçu comme lieu symbolique d’échange des idées, dans lequel la conversation a toutefois autant d’importance que les médias. Mais au lieu de fonder l’idéal de l’espace public sur le mythe de l’intercompréhension, on en fondera la dynamique sur le concept de travail, qui seul peut rendre compte des tensions et rapports de force constitutifs de toute société. Le travail, entendu comme ce qui met les humains en relation, renvoie à la fois à la critique marxiste d’Habermas que formule Jean-Jacques Lecercle, et à la conception de l’action d’Hannah Arendt 1. Ainsi ouvert aux problématiques de la sociologie, de l’histoire et de la philosophie, l’espace public peut être débarrassé de tous ses aspects mythiques et normatifs et trouver les ressources qui lui permettront d’expliciter non seulement la circulation des idées et des nouvelles, mais aussi la formation et l’évolution des opinions.

Presse régionale

Les travaux qui ont été à l’origine des questionnements développés dans ma thèse portaient sur la presse régionale et ses contenus. À partir d’une analyse de contenu de plus de 1600 articles parus dans la presse quotidienne et hebdomadaire bretonne, je montre que la presse locale donne à lire un monde qui est de plus en plus éloigné du monde vécu par ses lecteurs potentiels. D’une réalité sociale complexe, faite d’interrelations qui opèrent en permanence et sur la longue durée, la presse régionale ne retient qu’une juxtaposition de micro-événements extraits de tout contexte. Le principal mécanisme à l’œuvre dans la presse locale semble ainsi être de faire diversion, au sens premier du mot : en  détournant le regard de la profondeur et de la diversité de la société pour l’attirer sur une construction simplifiée à l’extrême des rapports sociaux.

Publication de référence : Ballarini, 2008. « Presse locale : un média de diversion », Réseaux, nº148-149, 2008, Paris : UMLV & Lavoisier, pp. 405-426.

Le traitement médiatique des questions de santé publique

Parallèlement, je mène une recherche sur le traitement médiatique des questions de santé, qui s’inscrit également dans la perspective centrale d’une réflexion critique sur l’(les) espace(s) public(s) contemporain(s). Ce travail est basé sur une analyse des « Palmarès des hôpitaux » parus depuis 1998, prenant en compte le contexte social, politique et économique de leur production ainsi que leur réception par la presse généraliste. J’observe ainsi comment la construction d’un discours dominant sur la qualité des soins, loin d’obéir à l’exigence de transparence revendiquée par ses promoteurs, répond en fait à une démarche idéologique permettant de justifier les réformes du système hospitalier conduites depuis le tournant néolibéral des années 1980.

Publication de référence : Ballarini Loïc, 2010. « Construction et orientation du débat public : l’établissement d’un discours dominant sur la qualité des soins à travers les “Palmarès des hôpitaux” », in Romeyer Hélène (dir.), 2010. La santé dans l’espace public, Rennes : Presses de l’École des hautes études en santé publique, coll. « communication santé social », pp. 93-106.