Les éditions Mare & Martin annoncent la naissance de la collection « MediaCritic », dirigée par Fabien Granjon (Paris 8, Cemti), pluridisciplinaire et consacrée à la recherche critique en communication. Vous pouvez d’ores et déjà soumettre vos manuscrits.

Annonce
La collection MediaCritic a pour principal objectif de travailler à la constitution d’une bibliothèque critique idéale s’agissant des médias, des industries culturelles et des technologies de l’information et de la communication (TIC). Pour ce faire, nous ferons nôtre la nécessité d’une pensée inscrite dans une tradition du dévoilement, de la résistance et de l’émancipation, laquelle se constitue notamment dans l’effort pour comprendre les dimensions idéologiques, injustes et pathologiques du « rapport de communication ». C’est tout le répertoire des liens qui unissent l’homo communicans aux sociétés capitalistes avancées que la collection MediaCritic se propose ainsi de prendre pour objet et d’arpenter depuis une perspective résolument critique. Il s’agit de rendre dialectiquement compte de conduites microsociales et d’orientations macrosociales, d’expériences personnelles et de structures collectives, d’usages techno-médiatiques et de politiques industrielles. Se ressourçant diversement dans l’économie politique, le matérialisme culturel et/ou la sociologie critique, la collection MediaCritic se donne pour but de contribuer à la construction d’une théorie critique intégrée de la communication. Celle-ci vise la constitution d’une unité intellectuelle dont l’ambition est de mettre en lumière les formules génératrices des modalités médiatiques, industrielles et technologiques de domination sociale et symbolique, ainsi que leurs éventuelles contradictions. Depuis une perspective rejetant déterminisme, fonctionnalisme, ainsi que toute autre forme de réductionnisme, les médias, les industries culturelles et les TIC seront considérés comme pouvant participer du maintien ou du déplacement des conduites sociales, que ce soit dans le sens d’une réalisation ou dans celui d’une limitation des individus qui en font usage.

La collection MediaCritic a vocation de publier des travaux originaux de chercheurs en sciences sociales (sociologie, SIC, histoire, etc.) fondés sur un travail d’enquête approfondie, des ouvrages collectifs cohérents et rigoureux, des actes de colloque de haute tenue et des anthologies exigeantes. Outre ces aspects traditionnels du travail éditorial, il s’agit également de redonner une seconde vie à des œuvres importantes, de langues étrangères et non traduites, ou bien plus simplement épuisées, dont l’accès est par conséquent rendu difficile. Il nous paraît en effet indispensable d’ouvrir la collection à des horizons pluriels et de sortir des « splendides isolements », tant nationaux que disciplinaires. Tous les projets de publication sont soumis au Comité scientifique de la collection, ainsi qu’à celui des Éditions Mare & Martin, selon des modalités d’évaluation garantissant vigilance épistémologique et probité intellectuelle.

Comité scientifique
Peter Dahlgren (Suède)
John Downing (États-Unis)
Riadh Ferjani (Tunisie)
Fabien Granjon (France)
Jacques Guyot (France)
Josiane Jouët (France)
Tristan Mattelart (France)
Michel Sénécal (Québec)

Médias et migrations dans l’espace euro-méditerranéen — affiche (merci à Johan van Elk pour la photo)Ça y est ! Le programme du colloque Médias et migrations dans l’espace euro-méditerranéen est prêt. Deux grosses journées de débats nous attendent les 17 et 18 novembre au Centre Pierre-Sabbagh de l’Ina, dans le 13e arrondissement de Paris. Avec Tristan Mattelart, qui en assure la direction scientifique, je me suis occupé de son organisation. Pas toujours facile de faire coïncider les contraintes des réservations d’avion, qui doivent se faire rapidement sous peine de voir les tarifs augmenter généreusement, et les contraintes de l’université, dont les lignes budgétaires mettent parfois du temps à être abondées. Tout le monde a fait ce qu’il a pu pour s’accommoder de ce système et, après quelques sueurs froides, ça roule. Cela valait la peine : disposant d’un financement de l’ANR (c’était un programme de recherches sur trois ans), nous avons pu inviter tout le monde. Déplacement et hébergement payés par l’organisation du colloque : si cela pouvait arriver plus souvent… Bref, je suis en mesure d’annoncer que, non seulement il y a un programme, mais qu’en plus, les conférenciers seront là1 ! Pour faire connaissance, c’est par ici.

  1. Sauf empêchement de dernière minute, évidemment. []

J’interviendrai vendredi, sur le thème « Pourquoi lire la presse régionale aujourd’hui ? », lors du colloque Les mutations de l’information et des médias locaux et régionaux : économie, contenus, usages et pratiques professionnelles. Ça se passe à Toulouse, et c’est organisé par le Lerass. Je participerai à un atelier animé par Denis Ruellan, où l’on pourra également entendre Christian Lamour sur les usages de la presse quotidienne au Luxembourg en fonction de l’appartenance communautaire, Benoît Lafon sur le modèle d’information proposé par le 19/20 de France 3, et Julien Auboussier sur les différentes échelles du local. Le programme complet est des plus intéressants. Et, puisqu’il y a en général deux, voire trois ateliers en parallèle, cela va être une douleur de choisir dans quelle salle s’enfermer et quelles communications manquer… En attendant et en l’absence de pauvre point, voici le résumé de mon papier.

Pourquoi lire la presse régionale aujourd’hui ?
Loïc Ballarini, 21 octobre 2011

« Merci aux 8 Costarmoricains sur 10 qui nous lisent », proclamait cet hiver une campagne publicitaire d’Ouest-France diffusée dans les Côtes-d’Armor. Malgré un déclin continu de ses ventes, la presse quotidienne et hebdomadaire régionale demeure la forme de presse d’information la plus lue, loin devant les quotidiens nationaux et les news magazines. Pourquoi lit-on aujourd’hui la presse locale ? Pour quelles raisons et qu’y recherche-t-on ?Quelle est la place de la presse régionale dans l’espace public recomposé des régions ?

À partir d’entretiens avec des lecteurs de la presse locale bretonne et d’une analyse de contenu de celle-ci, ce travail, issu de ma thèse, montre une grande stabilité dans les motivations de lecture des journaux régionaux. Tout d’abord, on ne choisit pas son journal, même quand il existe encore une concurrence : on en hérite le plus souvent la lecture de ses parents, et cette habitude a tendance à se renforcer au cours de la vie, rendant extrêmement rares les cas où un lecteur change de journal. Les autres formes de choix sont elles aussi des non-choix, lorsque l’on doit lire tel journal pour des raisons professionnelles, ou que l’on se contente de celui que l’on trouve au café ou au restaurant universitaire.

Il existe ensuite deux manières de lire un régional. Une lecture géographique, qui renvoie aux différentes échelles de la vie quotidienne, au découpage des journaux locaux et aux correspondances plus ou moins évidentes entre ces deux feuilletés spatiaux. S’il apparaît que chacun cherche à retrouver « son » local dans le journal, il apparaît aussi que chacun a une conception du local qui lui est propre. Ceci, ajouté à la complexification constante des niveaux administratifs infra-nationaux, a pour résultat une double confusion : les lecteurs aux repères bousculés ont plus de mal à se retrouver dans une presse régionale qui ne semble plus capable de proposer un contenu adapté aux évolutions des territoires qu’elle couvre.

Quand elle n’est pas spatialement différenciée, la lecture du régional est thématique : on y recherche des infos-services, l’agenda des sorties, les résultats sportifs, les avis d’obsèques, ou bien encore la confirmation d’un fait que l’on connaît déjà par ailleurs. Dans un cas comme dans l’autre, la presse régionale apparaît loin de la mission d’animation de l’espace public local qu’elle revendique. Elle n’en participe pas moins au maintien d’un lien social élémentaire, qui passe par la transmission des informations pratiques et des menues nouvelles. Ce lien, qui ne suffit pas à lui seul à porter le débat sur les enjeux d’intérêt général, en est toutefois une des conditions de possibilité. La presse régionale n’est pas l’espace public à elle seule, mais elle en demeure un élément. Les autres médias (télévisions et radios locales, et de plus en plus internet, à la fois concurrent et complémentaire en termes d’usages) doivent également être pris en compte. Mais pas seulement : les conversations et interactions, directes ou médiées, qui ont lieu quotidiennement ou plus épisodiquement, jouent un rôle au moins aussi important que les médias dans l’échange des idées et des nouvelles, qui est au cœur des espaces publics contemporains.

Si l’étude des mutations de l’information et des médias locaux ne peut se passer de celle de leurs publics, cette dernière ne peut non plus se limiter à des questions classiques de réception. Les recompositions des espaces publics régionaux, dus aux bouleversements médiatiques et à l’évolution sociale, impliquent d’ouvrir la conception de l’espace public aux échanges quotidiens, dont la finalité n’est pas nécessairement politique (Arendt1), ainsi qu’à l’articulation entre les échelles de territoire (Lacoste2), et finalement aux processus de socialisation (Elias3, Percheron4), dont le local est le lieu privilégié.

  1. Hannah Arendt, 2002 (1958). Condition de l’homme moderne, Paris : Pocket, coll. « Agora », 406 p. []
  2. Yves Lacoste, 1985 (1976). La géographie ça sert, d’abord, à faire la guerre, Paris : La Découverte, coll. « Fondations », 214 p. []
  3. Norbert Elias, 1997 (1987). La Société des individus, Paris : Pocket, coll. « Agora », 303 p. []
  4. Annick Percheron, 1993. La socialisation politique, Paris : Armand Colin, coll. « U », série « Sociologie », 226 p. []

Il y a quelques mois déjà, l’association Parcoursic lançait un appel pour renouveler son équipe. Ses trois fondatrices, Camille Laville, Laurence Leveneur et Aude Rouger ont vainement cherché des forces vives pour reprendre en main le destin de cette association qui a représenté, pour bon nombre de doctorants en info-com, un lieu de rencontres et d’échanges. Aujourd’hui, elles annoncent la dissolution de l’association : Parcoursic a vécu.

J’ai eu la chance d’intervenir lors des premières journées d’études de l’association, organisées en 2007, puis de rédiger un chapitre de Construire son parcours de thèse, qui fut ma toute première publication scientifique acceptée. On ne dira jamais assez combien il est important, pour un doctorant, de ne pas se sentir seul, de savoir que d’autres que soi traversent les mêmes étapes et les mêmes doutes. À l’échelle de son labo ou d’une association comme Parcoursic, le partage d’expériences est essentiel. Le travail de thèse est par essence solitaire, mais il doit se nourrir de la comparaison et de la confrontation avec d’autres objets, d’autres méthodes dont on choisit de s’inspirer ou de se détourner. Mais si c’était si bien, qu’as-tu donc fait pour sauver Parcoursic ? Rien : je me suis investi dans mon labo, où j’étais élu représentant des doctorants, et où j’ai tâché d’accompagner la structuration des échanges entre des doctorants qui ne se connaissaient guère. Une histoire parallèle, en somme, qui trouve une de ses motivations dans l’accueil reçu lors des journées d’étude de 2007. Merci donc à Parcoursic.

Communiqué du bureau de l’association Parcoursic
En 2007, pendant notre « parcours de thèse », nous avons voulu créer un espace d’échanges qui réunirait les jeunes chercheurs en Sciences de l’Information et de la Communication autour de questionnements tant pratiques que scientifiques.

Les premières journées d’études Parcoursic, organisées en 2007 à la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord autour du « Parcours d’un jeune chercheur en Sciences de l’Information et de la Communication », ont rencontré un large succès. Celui-ci ne s’est pas démenti au fil des ans et des actions conduites par l’association Parcoursic : publication d’un ouvrage, réalisation et gestion d’un site d’information, rédaction d’un guide du doctorant en SIC, création d’une maison d’édition, partenariats avec des équipes locales, à Lille et à Lyon, pour l’organisation de nouvelles éditions des journées d’études.

Depuis quelque temps déjà, nos activités professionnelles respectives ne nous permettaient plus de continuer à porter les projets nés de l’association Parcoursic. Aujourd’hui, compte tenu de la difficulté à générer une force de travail autour de l’association et n’étant pas en mesure de former correctement une nouvelle équipe, c’est avec beaucoup de tristesse, mais aussi avec la satisfaction d’avoir accompagné de nombreux jeunes chercheurs, que nous prenons la décision de dissoudre l’association Parcoursic.

Nous espérons que d’autres initiatives verront le jour, portées par d’autres équipes de jeunes chercheurs, car nous sommes persuadées que le besoin d’un espace d’échanges décloisonné, à l’origine de l’association Parcoursic, demeure.

Le bureau de l’association Parcoursic
Camille Laville, Laurence Leveneur, Aude Rouger

Quelle aventure ! Voici qu’est enfin publiée, aujourd’hui, par Lectures, ma recension du dernier ouvrage de Bernard Miège, L’Espace public contemporain. L’auteur entend y donner une forme achevée à ses réflexions sur ce concept, fondé par Jürgen Habermas au début des années 1960, afin d’en faire un outil utile à la recherche portant sur le monde contemporain. Mais pourquoi une aventure ? C’est surtout de ma faute, et un peu de celle de Miège. De la mienne : j’ai mis (trop) longtemps à lire ce livre. De celle de Miège : c’est péniblement écrit, et (retour de ma culpabilité) j’ai dû m’y reprendre plusieurs fois pour trouver la motivation d’arriver au bout. Or, quand on demande à faire une recension pour Lectures, on s’engage à la faire dans le mois suivant la réception de l’ouvrage, qui est envoyé gratuitement. J’ai mis à peu près cinq fois la durée accordée. Et j’ai rendu un article très (trop ?) long. La rédaction de Lectures a été sympa, et a accepté de le publier, à condition d’en enlever la moitié.

Cette moitié qui manque, elle était importante à mes yeux, mais disons qu’elle ne l’était pas autant que celle qui est publiée ; alors ça va. D’autant que les échanges et corrections par mail ont été très cordiaux et m’ont permis d’améliorer certaines parties du texte. Dans un autre contexte, on parlerait d’une relation gagnant-gagnant. J’ai donc supprimé de l’article une longue introduction résumant les publications précédentes de Miège sur l’espace public. Puis tout ce qui concernait les aspects formels du livre : problèmes de références erronées, ou qui sont appelées dans le texte sans être présentes en biblio, ainsi que des défauts de mise en page qui empêchent de bien repérer les deux interventions extérieures sollicitées par l’auteur.

Manque également un aspect plus éthique. Miège semble en effet avoir adopté une étrange politique, qui le conduit à ne citer que des auteurs avec lesquels il est globalement en accord, tandis que ceux qu’il considère comme ses adversaires théoriques n’ont droit qu’à des sous-entendus délégitimants, qui tiennent plus de l’argument d’autorité que de la démonstration. Il fait ainsi régulièrement allusion à « la » philosophie politique comme ayant une vision par trop limitée de l’espace public — comme s’il n’existait dans cette discipline pas de courants ou d’écoles de pensée différentes. La mention « nombre d’auteurs… » revient aussi fréquemment, sans qu’aucun ne soit cité. Lorsqu’il aborde la question de la fragmentation ou de l’unicité de l’espace public, il indique : « le “nouvel” espace public n’a pas encore donné lieu à des formulations satisfaisantes » (p. 54). Sans indiquer qu’il renvoie ici à un numéro d’Hermès portant ce titre1. Cela est d’autant plus étonnant qu’un des articles que Miège a publiés en 1995 sur l’espace public contenait une critique mordante de ce numéro, et en particulier des articles qu’y signait Dominique Wolton2. Dommage d’avoir réduit cette dimension du débat, qui demeure pourtant pertinente aujourd’hui, à une simple allusion cryptée.

À plusieurs reprises, Miège paraît même tenir pour négligeable de citer ses sources. Ainsi affirme-t-il : « Point besoin de revenir sur la question controversée de l’innovation qui est ainsi engagée et qui est loin d’être achevée, ou de faire référence à la multitude de travaux qui se sont donnés pour but d’aider à s’y retrouver dans le dédale des usages prescrits et effectifs » (p. 130). Et, ce qui pourrait être considéré comme un sommet du genre : « La liste est longue des constats formulés par divers auteurs concernant aussi bien des pratiques individuelles que le fonctionnement d’organisations ou de différents champs sociaux. Qu’il suffise de faire état ici… » (p. 165, suit une liste de phénomènes sans référence). Certes, cette méthode permet d’alléger la bibliographie, et de se passer de notes de bas de page. Mais quelle perte pour le lecteur ! Ce choix est d’autant plus difficile à comprendre qu’on ne doute pas un instant que Miège ait bien lu tous ces auteurs auxquels il ne renvoie pas. Est-ce alors par volonté de contenir le volume de son ouvrage (230 p.) ? Pourtant, nombre de cas auraient pu être tranchés par la mention de deux ou trois ouvrages représentatifs du courant abordé, accompagnées de quelques lignes d’explication. Et s’il avait fallu ajouter cinquante pages pour expliciter en détail quels aspects des conceptions contemporaines de l’espace public il s’agit de conserver ou de récuser, alors le livre aurait pu être cette synthèse que son titre et son introduction laissaient attendre.

D’autant plus que, lorsque leurs auteurs vont dans son sens, Miège n’hésite pas à consacrer quelques pages à l’examen d’écrits sur lesquels il appuie son argumentation. Mais l’embarras s’ajoute à la gêne, quand on constate que ceux à qui il accorde le plus de place, c’est-à-dire cinq thèses de doctorat, présentées au chapitre 1 (p. 36-41), ont toutes été dirigées par lui-même, sans qu’il en soit non plus fait mention. Cependant, et bien s’il s’agisse là d’un comportement bien éloigné du recul, de la précision et de l’honnêteté que l’on serait en droit d’attendre d’une publication de ce calibre, là n’est pas l’essentiel3. L’essentiel réside dans les arguments de Miège pour défendre sa vision de l’espace public, et, je l’espère, dans ceux que je lui oppose.

  1. Dorine Bregman, Daniel Dayan, Dominique Wolton (coord.), 1989. « Le nouvel espace public », Hermès, n° 4, Paris : Éditions du CNRS, en ligne : http://documents.irevues.inist.fr/handle/2042/15096. []
  2. Bernard Miège, 1995. « L’espace public : au-delà de la sphère politique », Hermès nº 17-18, p. 49-62, en ligne : http://hdl.handle.net/2042/15207. Mordante, la critique était également aussi savoureuse que polémique, Miège expliquant dans Hermès en quoi la pensée du directeur d’Hermès était beaucoup trop limitée pour pouvoir prétendre apporter quelque chose de nouveau au concept d’espace public. []
  3. Je viens pourtant de vous l’infliger, comme quoi vous êtes conciliants. []