C’est parti ! Les candidatures à la session synchronisée de recrutement des maîtres de conférence et professeurs sont ouvertes jusqu’à la fin mars. 31 postes de MCF sont offerts en Sciences de l’information et de la communication, dont 3 à l’Université de Lorraine1, tous rattachés au Crem. Pour les prétendant-e-s, commence le bal des coups de téléphone aux contacts pédagogie et recherche de chaque profil. On est parfois très bien reçu, parfois moins… quand on arrive à avoir la personne au bout du fil, ce qui n’est jamais gagné d’avance. Il faut parfois ramer pour avoir un peu d’info, et il faut parfois comprendre à demi-mot qu’un candidat local est très fortement pressenti pour le poste. Souvent, le coup de fil est tout de même utile, parce qu’il permet de glaner quelques infos qui ne sont pas dans le dossier (projet en cours, ouverture d’une nouvelle section à la rentrée…), ou de comprendre l’orientation équivoque d’un profil — au passage, certains dossiers sont si légers que cela frise le scandale: recruteurs, vous ne ferez croire à personne que vous n’avez pas une idée un peu précise de ce que vous cherchez.

Préparer sa candidature: prendre un carrefour sans bien (sa)voir ce qu'on fait

Préparer sa candidature: prendre un carrefour sans bien (sa)voir ce qu’on fait

Pour les candidat-e-s, et en particulier celles et ceux qui postulent pour la première fois, cette période est difficile car, comme pour beaucoup d’autres choses à l’université, rien ne nous y a préparé. Je m’en suis encore rendu compte cette semaine en discutant avec une collègue recrutée en même temps que moi, une jeune docteure qualifiée et un futur docteur. C’est le grand flou. Faut-il appeler systématiquement ou pas ? Comment s’y préparer ? Est-ce une simple prise de contact, ou déjà un premier test du futur candidat? Ensuite, que mettre dans le dossier ? Lettre de motivation ou pas ? CV d’une page comme c’est la règle ailleurs ? Quelles questions va poser le jury si je suis auditionné-e ?

Si cela peut aider à dissiper une partie du flou, ou au moins donner quelques idées, voici ce que je pense de ces questions. D’abord, bien sélectionner ses candidatures. C’est du boulot de faire tous ces dossiers, et même si les candidatures électroniques se multiplient, on ne peut pas faire un simple copier-coller de la totalité. En ce qui me concerne — mais mon expérience ne vaut bien évidemment que pour moi2 —, je n’ai été auditionné que sur des profils dont j’étais vraiment proche. On n’est jamais à 100% dans un profil, mais s’il n’y a pas de branche à laquelle se rattraper, ce n’est pas la peine de se lancer.

Ensuite, faire un beau dossier, clair, lisible, bien structuré. Les recruteurs vont en voir passer des dizaines, soyez efficace sans être tape-à-l’œil. Pas de problème si c’est long (les miens faisaient une bonne quinzaine de pages sans la déclaration de candidature et les pièces annexes type carte d’identité, doctorat et rapports de soutenance). Et bien sûr qu’il faut une lettre de motivation. Je sais: elle ne fait pas partie de la liste officielle des pièces constituant le dossier de candidature. Mais personne ne m’a jamais reproché d’en avoir joint une. Et comment faire autrement si l’on souhaite montrer que l’on correspond au profil, que l’on a des projets en cours, qu’il y a une cohérence à cette candidature en fonction de son parcours ?

Enfin, bien se préparer pour l’audition. Respecter absolument le temps imparti pour se présenter (s’il ne figure pas sur la convocation, se le faire préciser, c’est en général 15 ou 20 minutes). Que dire dans ce temps qui sera toujours trop court ? Le meilleur conseil qu’on m’ait donné3 est celui-ci: en général, les candidat-e-s parlent trop d’eux et de leur parcours et pas assez de la manière dont ils correspondent au profil du poste. Cela peut paraître trivial, mais c’est essentiel: les membres du jury ont lu le dossier — je n’ai jamais eu de question à côté de la plaque. Ils connaissent le parcours du candidat. Reste à leur montrer qu’on a compris le poste, qu’on se voit travailler avec cette équipe, dans cette formation, dans cet axe du labo, voire qu’on a des idées à proposer sur tel ou tel aspect. L’audition n’est pas un ego-trip, mais un moment4 dans lequel une individualité doit montrer qu’elle peut et souhaite s’intégrer à une équipe. Ça n’est que mon avis, mais c’est comme cela que je me suis présenté — et c’est comme cela que j’appréhendrai les choses quand, dans trois mois, je serai pour la première fois du côté des recruteurs…

Dernière petite chose: pour utile qu’il puisse être, le dossier de candidature qui m’a mené à Nancy est disponible ici. D’autres traînent dans les recoins des internets : allez y jeter un coup d’œil. M’inspirer des autres m’avait aidé, il est donc logique que je partage à mon tour.

  1. Profils : Sciences de l’information et de la communication (IUT Thionville, Galaxie 666), Médias (UFR SHS-Nancy, Galaxie 651) et Étude de l’information médiatique, des médiations sociales et culturelles (Espé de Lorraine, Galaxie 638). Un quatrième poste est offert au Crem, en arts plastiques (UFR ALL-Metz, Galaxie 591). []
  2. Trois campagnes de recrutement, classé à quasiment toutes mes auditions, et pour finir classé deux fois premier en 2013. []
  3. « On » étant Denis Ruellan, à la suite d’une audition où je n’avais pas été classé. Merci à lui. []
  4. Trop court, on ne le dira jamais assez, en espérant qu’on finisse un jour par réformer complètement la manière de recruter. []

La campagne de recrutement — on dit « session synchronisée » — bat son plein : ouverte depuis le 26 février, elle se refermera le 28 mars. La liste complète des postes disponibles est en ligne ici. L’année dernière, je pestais que si peu d’universités permettent l’envoi de dossiers électroniques. Chaque dossier devant être adressé au jury en triple exemplaire, et on espère suivi de publications pour l’audition, la facture de photocopies et timbres grimpe vite — pas de chiffres, désolé, pas eu le courage de tout bien noter. Cette année, ça va mieux : sur les six candidatures que je poste, quatre sont électroniques. Depuis Istanbul, j’apprécie.

Quand on déclare une candidature dans Galaxie, l’application du ministère, on remplit tout un tas de champs : identité, titre de la thèse et date de soutenance, quelques lignes sur les publications et l’enseignement. Bref, on fournit un résumé de la candidature, qui est la première pièce à verser au dossier, et à laquelle s’ajoutent le CV détaillé, les copies du doctorat, de la carte d’identité et du rapport de soutenance.

Ici, on pourrait imaginer une procédure de signature électronique de la déclaration de candidature : après tout, ça fonctionne très bien pour les impôts. Mais non : elle doit être imprimée, puis datée et signée à la main et, si le dossier électronique est possible, scannée et convertie en PDF pour être ensuite téléchargée dans l’application de chaque université où l’on postule.

Oui : dans l’application de chaque université. Tout le monde n’a pas la même. Ce qui fait qu’il y en a de meilleures que d’autres. Celle de Paris 8 et Paris 13 est un modèle d’ergonomie ratée, tandis que celle de l’Université de Lorraine est simple, claire et efficace. Dans la première, un fouillis de cadres à partir desquels on ouvre des dossiers puis fait apparaître des popups dans lesquels il faut donner un titre à chaque fichier téléchargé, sans que la liste légale soit reprise nulle part. Dans la seconde, une simple fenêtre avec la liste des pièces à charger : on clique sur celle qu’on veut envoyer, on choisit son fichier, ça charge, l’item disparaît de la liste, et hop. Quand on a fini, on peut soit corriger, soit cliquer sur le bouton idoine afin que les services compétents vérifient que le dossier est recevable.

Pour P8 et P13, personne ne sait que vous avez déposé les pièces. Je l’ai fait en même temps il y a deux jours. Dans Galaxie, je vois que mon dossier pour P13 est déjà noté comme recevable, mais rien pour P8. L’ironie de l’histoire, c’est que je continue de recevoir des mails automatiques de P13 m’avertissant de la date limite pour envoyer les pièces, mais plus de P8.

Bien que ces applications soient différentes, elles sont d’une manière ou d’une autre reliées à Galaxie, puisqu’un mot de passe est envoyé automatiquement au candidat, et que l’application sait sur quel poste on candidate, ce qui est bien le moins. Mais ça ne va pas plus loin. Donc certaines facs demandent, en plus des pièces légales, de remplir une fiche qui reprend, sous une autre forme, les renseignements déjà donnés à Galaxie pour la déclaration de candidature. Pourquoi ? Mystère… les esprits mal tournés craindront que les rapporteurs n’en profitent pour éviter de lire les dossiers de candidature. Difficile de ne pas y penser, puisqu’à la fin de cette fiche, un espace est justement prévu pour l’avis des rapporteurs… C’est certainement un mauvais procès — à toutes mes auditions, les questions posées montraient que le dossier avait été lu —, mais je ne vois guère l’intérêt de cette paperasse numérique supplémentaire. D’autant qu’il s’agit d’un document Word, à rendre obligatoirement en format Word. Un document modifiable, donc. Qui sert de résumé à sa candidature. Bonjour la sécurité. Il reste quelques progrès à faire dans la gestion des candidatures électroniques.

Galatasaray Üniversitesi - principe du logoAprès être passé près du gros lot deux fois de suite,

Après avoir épluché la réglementation sur les charges de cours,

Après avoir conclu qu’il me fallait enseigner dans le secondaire si je voulais avoir la possibilité d’enseigner dans le supérieur,

Après avoir envoyé des candidatures un peu partout (lycées publics, privés, agricoles, organismes de formation pour adultes),

Après avoir passé deux semaines de vacances loin de ces préoccupations, mais pas trop loin d’une connexion internet quand même,

Après m’être demandé ce que j’allais faire si par malheur on me proposait un poste de prof d’histoire-géo à plein temps dans un collège, et rien que ça,

Après m’être dit : « On verra bien, fais-toi plutôt un plan de travail pour l’été, il faut que tu avances dans ton projet de bouquin »,

Voilà que je reçois un coup de fil.

Je suis classé premier sur un poste d’enseignant-chercheur non titulaire à l’Université Galatasaray d’Istanbul. Contrat de deux ans renouvelable une fois, spécialement destiné aux docteurs cherchant un poste de maître de conférences. Dans une université publique turque, et francophone. Plus précisément : une faculté de communication avec une spécialité journalisme. Cours pratiques et théoriques. Tout ce que je cherche. Cela bouscule un peu nos plans (que va faire Céline ? Et Gaspard, qui fait sa rentrée en petite section de maternelle dans un mois et demi ?). Mais c’est diablement intéressant, excitant, motivant. On m’a donné cinq jours pour réfléchir. On discute deux jours, ça suffit pour la décision. Le reste, on avisera.

Je commande une méthode de turc.

Direction Istanbul !

Correspondance au MansCe ne sera donc pas pour cette fois. J’ai soutenu ma thèse fin novembre, puis ai été qualifié en 71e section début 2011. A alors commencé la recherche d’un poste de maître de conférences. Dans un contexte qui n’est pas ce qu’on pourrait désigner comme véritablement porteur pour l’emploi à l’université, les sciences de l’information et de la communication demeurent parmi les moins inaccessibles des disciplines, avec 45 postes offerts au recrutement cette année. Encore faut-il trouver un profil de poste auquel il paraît raisonnable de prétendre, et en la matière, mieux vaut être spécialisé en communication des organisations ou en technologies du web, secteurs qui constituent l’immense majorité des propositions. Quand on s’intéresse à la presse, plus particulièrement écrite, et plus particulièrement encore régionale, c’est pas gagné d’avance. Et quand sa thèse est une critique théorique (certes accompagnée d’un important travail de terrain) sur le concept d’espace public, ça se complique un peu.

J’ai quand même envoyé onze candidatures — dont une seule purement géographique —, et reçu trois invitations pour une audition : à Paris 8, Lyon 2 et Nice. J’y ai été classé respectivement deuxième, troisième et quatrième. Et assez logiquement, je n’ai eu aucun poste. Mais pas de regrets : troisième à Lyon où je pensais avoir foiré l’entretien à cause d’un impensable cafouillage qui m’a fait répondre complètement à côté d’une question toute simple, c’est une bonne nouvelle. Et deuxième à Paris 8, c’est un très bon classement, surtout sachant que la personne qui a été classé première avait un CV était quatre fois plus long que le mien, bien que ce soit également son premier poste de MCF. Accessoirement, cela montre que le candidat local, même s’il correspond au profil, n’est pas nécessairement préféré aux autres — en l’occurrence, l’injustice aurait été de me classer devant elle.

Passé donc la déception de ne pas avoir été recruté la première année, aucune amertume. J’ai des projets de publication, un contrat qui s’annonce pour l’automne, je ne m’ennuierai pas avant la prochaine campagne, et je pourrai profiter un peu de mon fils cette année. Sa première année à lui ayant été celle de la rédaction de ma thèse, je suis en manque. Le plus dur à avaler, dans cette histoire, c’est un à-côté auquel je ne m’attendais pas : l’impossibilité de donner des cours à partir de la rentrée. J’ai été ATER pendant deux ans, j’ai une année devant moi, c’est l’occasion rêvée pour avoir quelques charges de cours, et peut-être même pour aller voir ailleurs, enseigner dans une autre fac. Contacts pris à l’IUT de Lannion, cela semblait dans l’ordre du possible. Mais après une semaine d’interrogation des textes de loi, des services administratifs et d’un syndicat, balle peau. Je n’ai pas 900 heures de travail dans l’année malgré plusieurs contrats. Je ne suis pas chef d’entreprise et on ne peut pas faire semblant avec le statut d’auto-entrepreneur. Surprise du chef : être chômeur n’est pas dans les conditions permettant de décrocher des charges d’enseignement. En gros, si tu travailles déjà, tu peux travailler plus. Mais si tu ne travailles pas, alors tu ne peux pas travailler. Logique, non ?