L’Institut français d’études anatoliennes (IFEA) vient de mettre en ligne l’enregistrement du séminaire commun avec l’Université Galatasaray, auquel j’ai apporté ma contribution le 26 avril dernier. J’en profite donc pour partager ici les diapos de ma présentation.

Merci à Benoît et toute l’équipe pour l’accueil, et aux participants pour leurs questions.

Et pour écouter l’enregistrement directement ici :

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Maître de conférences à l’IEP de Rennes et membre du Crape, Roselyne Ringoot travaille depuis longtemps sur l’analyse du discours et le journalisme — au moins depuis sa thèse, consacrée aux discours journalistiques sur le printemps chinois de 1989 et soutenue en 1995. Elle a depuis régulièrement publié sur la question, proposant notamment une très pertinente méthodologie d’analyse du discours de presse, dans un livre sur L’Analyse de discours (2004, Apogée, codirection avec Philippe Robert-Demontrond). Elle y posait la nécessité de relier toute analyse de presse à une étude de la ligne éditoriale des journaux considérés. La ligne éditoriale n’étant pas vue, comme il en est d’usage, comme la somme des déclarations des journalistes et éditeurs à propos de leur journal, mais bien comme le résultat des différentes opérations d’édition : comme ce qui est donné à lire au lecteur. De là l’intérêt, pour comprendre le discours sur un événement particulier, à le mettre en perspective avec le « discours moyen »1 du journal avant de comparer les journaux entre eux.

Parmi les autres publications de Roselyne Ringoot, signalons aussi deux ouvrages collectifs issus des travaux du Réseau d’études sur le journalisme : Inform@ation.local, Le paysage médiatique régional à l’ère électronique (2002, L’Harmattan, codirection avec Béatrice Damian, Denis Ruellan et Daniel Thierry)2, Le Journalisme en invention (2006, PUR, codirection avec Jean-Michel Utard) ; ainsi que, toujours avec Jean-Michel Utard, un livre qui fait le point sur Les genres journalistiques (2009, L’Harmattan).

Bref : il ne s’agit pas ici de faire une biblio complète (je vous laisse chercher les articles !), mais de signaler que Roselyne Ringoot soutiendra son Habilitation à diriger les recherches le 3 décembre. Je ne pourrai pas y assister, mais ce sera certainement très intéressant. En voici le résumé :

Habilitation à diriger des recherches en Sciences de l’information et de la communication

Roselyne Ringoot
Maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Rennes, Centre de Recherches sur l’Action Politique en Europe, UMR 6051

Lundi 3 décembre 2012, Salle du Conseil de l’ IEP de Rennes, à 15h

Garant : Dominique Maingueneau, Professeur à l’Université Paris-Sorbonne

Le journalisme entre auctorialité et discours
Le journal auteur collectif et la profession auteur générique, le discours et la discursivité journalistiques

Jury

Jean Charron, Professeur en Sciences de l’information et de la communication, Université de Laval-Québec (rapporteur)
Dominique Maingueneau, Professeur en Sciences du langage, Université de Paris 4
Caroline Ollivier-Yaniv, Professeure en Sciences de l’information et de la communication, Université de Paris 12 (rapporteure)
Denis Ruellan, Professeur en Sciences de l’information et de la communication, Université de Rennes 1
Jean-François Tétu, Professeur émérite en Sciences de l’information et de la communication, Institut d’études politiques de Lyon (rapporteur)

Résumé

En problématisant le journalisme par l’auctorialité, il s’agit d’ouvrir de nouveaux pans de recherche dans les études sur le journalisme au sein desquelles l’auteur est circonscrit à la dimension juridique, ainsi que dans le domaine spécifique de l’analyse du discours journalistique, duquel l’auteur est quasi absent. La première partie de ce travail d’HDR concerne l’auctorialité collective du journal articulée à l’identité éditoriale. Le journal, forme première du journalisme qui perdure dans tous les supports médiatiques y compris les plus récents (le web, les tablettes, les applications mobiles), est envisagé en tant qu’auteur collectif. La seconde partie appréhende les cadres du discours journalistique et du discours des journalistes qui instruisent la professionnalité. S’il s’agit là aussi d’une forme collective de l’auctorialité, elle se différencie de la précédente et s’analyse à partir d’autres productions dont celles des théories indigènes de l’écriture journalistique. En traitant la question de l’éthos journalistique, je considère la profession en tant qu’auteur générique. La troisième et dernière partie porte sur la conceptualisation du journalisme par le discours, travaillée notamment à partir des concepts foucaldiens de formation discursive et de dispersion. Situant l’autorité et la légitimité de la parole journalistique dans l’espace public en fonction de discours connexes, j’interroge l’instauration de l’auctorialité spécifique au journalisme.

Les livres journalistiques, qui ont impulsé cette problématisation et qui constituent l’objet de mes recherches en cours et à venir, condensent et diversifient les interrogations portant sur la discursivité du journalisme. Pour autant, je n’associe pas la prolifération des livres journalistiques à une revanche supposée des journalistes qui seraient obnubilés par l’annexion d’un territoire a priori réservé à d’autres qu’eux, plus aptes à remplir les conditions d’une auctorialité de prestige liée à la production d’une œuvre. La banalisation des livres journalistiques semble davantage liée à une revendication décomplexée d’un statut d’auteur journaliste, motivée par un enjeu professionnel qui consiste à intégrer le livre dans le périmètre des savoir faire du métier. Aujourd’hui produit périssable conçu dans des stratégies d’édition, le livre fait l’objet d’ une planification à court ou moyen terme et d’une diffusion soumise à la logique événementielle. Dans cette perspective, le livre ne déroge pas à l’ordre du discours journalistique et à sa dispersion, il recompose en revanche les modalités auctoriales du journalisme, entre auteur individué, auteur collectif et auteur générique.

  1. Le terme n’est pas très heureux, il est de moi. []
  2. Pas de lien chez l’éditeur, dont le livre a disparu du catalogue : à quand une réédition en numérique ? []

Où (en) est la critique en communication ?Dans une semaine, je serai à Montréal pour participer au colloque international « Où (en) est la critique en communication ? », dont j’avais diffusé l’appel à communications ici, qui est organisé par le Gricis et se déroule dans le cadre du 80e congrès de l’Association francophone pour le savoir.

Le menu est aussi alléchant que riche : il n’y a que deux jours, et souvent trois ateliers en parallèle… les choix vont être difficiles… Tous les détails sur le programme en PDF ou sur le site du colloque, d’où sont accessibles les résumés de toutes les communications. J’interviendrai pour ma part lundi 7 mai en début d’après-midi, dans l’atelier C consacré à « La communication entre espace public et idéologie ». Voici le résumé de ma communication :

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Médias et migrations dans l’espace euro-méditerranéen — affiche (merci à Johan van Elk pour la photo)Ça y est ! Le programme du colloque Médias et migrations dans l’espace euro-méditerranéen est prêt. Deux grosses journées de débats nous attendent les 17 et 18 novembre au Centre Pierre-Sabbagh de l’Ina, dans le 13e arrondissement de Paris. Avec Tristan Mattelart, qui en assure la direction scientifique, je me suis occupé de son organisation. Pas toujours facile de faire coïncider les contraintes des réservations d’avion, qui doivent se faire rapidement sous peine de voir les tarifs augmenter généreusement, et les contraintes de l’université, dont les lignes budgétaires mettent parfois du temps à être abondées. Tout le monde a fait ce qu’il a pu pour s’accommoder de ce système et, après quelques sueurs froides, ça roule. Cela valait la peine : disposant d’un financement de l’ANR (c’était un programme de recherches sur trois ans), nous avons pu inviter tout le monde. Déplacement et hébergement payés par l’organisation du colloque : si cela pouvait arriver plus souvent… Bref, je suis en mesure d’annoncer que, non seulement il y a un programme, mais qu’en plus, les conférenciers seront là1 ! Pour faire connaissance, c’est par ici.

  1. Sauf empêchement de dernière minute, évidemment. []

J’interviendrai vendredi, sur le thème « Pourquoi lire la presse régionale aujourd’hui ? », lors du colloque Les mutations de l’information et des médias locaux et régionaux : économie, contenus, usages et pratiques professionnelles. Ça se passe à Toulouse, et c’est organisé par le Lerass. Je participerai à un atelier animé par Denis Ruellan, où l’on pourra également entendre Christian Lamour sur les usages de la presse quotidienne au Luxembourg en fonction de l’appartenance communautaire, Benoît Lafon sur le modèle d’information proposé par le 19/20 de France 3, et Julien Auboussier sur les différentes échelles du local. Le programme complet est des plus intéressants. Et, puisqu’il y a en général deux, voire trois ateliers en parallèle, cela va être une douleur de choisir dans quelle salle s’enfermer et quelles communications manquer… En attendant et en l’absence de pauvre point, voici le résumé de mon papier.

Pourquoi lire la presse régionale aujourd’hui ?
Loïc Ballarini, 21 octobre 2011

« Merci aux 8 Costarmoricains sur 10 qui nous lisent », proclamait cet hiver une campagne publicitaire d’Ouest-France diffusée dans les Côtes-d’Armor. Malgré un déclin continu de ses ventes, la presse quotidienne et hebdomadaire régionale demeure la forme de presse d’information la plus lue, loin devant les quotidiens nationaux et les news magazines. Pourquoi lit-on aujourd’hui la presse locale ? Pour quelles raisons et qu’y recherche-t-on ?Quelle est la place de la presse régionale dans l’espace public recomposé des régions ?

À partir d’entretiens avec des lecteurs de la presse locale bretonne et d’une analyse de contenu de celle-ci, ce travail, issu de ma thèse, montre une grande stabilité dans les motivations de lecture des journaux régionaux. Tout d’abord, on ne choisit pas son journal, même quand il existe encore une concurrence : on en hérite le plus souvent la lecture de ses parents, et cette habitude a tendance à se renforcer au cours de la vie, rendant extrêmement rares les cas où un lecteur change de journal. Les autres formes de choix sont elles aussi des non-choix, lorsque l’on doit lire tel journal pour des raisons professionnelles, ou que l’on se contente de celui que l’on trouve au café ou au restaurant universitaire.

Il existe ensuite deux manières de lire un régional. Une lecture géographique, qui renvoie aux différentes échelles de la vie quotidienne, au découpage des journaux locaux et aux correspondances plus ou moins évidentes entre ces deux feuilletés spatiaux. S’il apparaît que chacun cherche à retrouver « son » local dans le journal, il apparaît aussi que chacun a une conception du local qui lui est propre. Ceci, ajouté à la complexification constante des niveaux administratifs infra-nationaux, a pour résultat une double confusion : les lecteurs aux repères bousculés ont plus de mal à se retrouver dans une presse régionale qui ne semble plus capable de proposer un contenu adapté aux évolutions des territoires qu’elle couvre.

Quand elle n’est pas spatialement différenciée, la lecture du régional est thématique : on y recherche des infos-services, l’agenda des sorties, les résultats sportifs, les avis d’obsèques, ou bien encore la confirmation d’un fait que l’on connaît déjà par ailleurs. Dans un cas comme dans l’autre, la presse régionale apparaît loin de la mission d’animation de l’espace public local qu’elle revendique. Elle n’en participe pas moins au maintien d’un lien social élémentaire, qui passe par la transmission des informations pratiques et des menues nouvelles. Ce lien, qui ne suffit pas à lui seul à porter le débat sur les enjeux d’intérêt général, en est toutefois une des conditions de possibilité. La presse régionale n’est pas l’espace public à elle seule, mais elle en demeure un élément. Les autres médias (télévisions et radios locales, et de plus en plus internet, à la fois concurrent et complémentaire en termes d’usages) doivent également être pris en compte. Mais pas seulement : les conversations et interactions, directes ou médiées, qui ont lieu quotidiennement ou plus épisodiquement, jouent un rôle au moins aussi important que les médias dans l’échange des idées et des nouvelles, qui est au cœur des espaces publics contemporains.

Si l’étude des mutations de l’information et des médias locaux ne peut se passer de celle de leurs publics, cette dernière ne peut non plus se limiter à des questions classiques de réception. Les recompositions des espaces publics régionaux, dus aux bouleversements médiatiques et à l’évolution sociale, impliquent d’ouvrir la conception de l’espace public aux échanges quotidiens, dont la finalité n’est pas nécessairement politique (Arendt1), ainsi qu’à l’articulation entre les échelles de territoire (Lacoste2), et finalement aux processus de socialisation (Elias3, Percheron4), dont le local est le lieu privilégié.

  1. Hannah Arendt, 2002 (1958). Condition de l’homme moderne, Paris : Pocket, coll. « Agora », 406 p. []
  2. Yves Lacoste, 1985 (1976). La géographie ça sert, d’abord, à faire la guerre, Paris : La Découverte, coll. « Fondations », 214 p. []
  3. Norbert Elias, 1997 (1987). La Société des individus, Paris : Pocket, coll. « Agora », 303 p. []
  4. Annick Percheron, 1993. La socialisation politique, Paris : Armand Colin, coll. « U », série « Sociologie », 226 p. []